« utopie Jossetiste » par Mario Horenstein

Le curateur de l’utopie Jossetiste est lourd à transporter tant cette utopie est traversée par des contradictions. Elle est dedans et dehors ayant uniquement un mince portique comme transition. Elle est autant réelle que virtuelle, sociale par la recherche de convivialité civile qu’antisociale, intolérante à tous ceux qui boivent et fument, utilisent le portable à tout bout de champs et le GPS pour traquer leurs enfants, ceux qui ne disent pas bonjour avant de vous photographier, qui ne retirent pas leurs lunettes noires avant de vous parler, qui refusent d’entrer chez vous quand vous les invitez, qui gaspillent l’eau potable, ceux qui s’habillent en Hermès, les taxis qui n’arrêtent pas le moteur de la voiture en arrêt pour conserver la clim, les motos sur les trottoirs, les artistes subventionnés, les artistes compromis avec le système, les artistes qui n’affrontent pas le public pour défendre leurs œuvres, et beaucoup d’autres que nous allons présenter au fur et à mesure de la mise en place de l’utopie.

Elle considère que l’art sert à quelque chose (au moins « à faire la vie plus belle que l’art ») mais se garde de définir la beauté autrement que par la cohérence. Elle s’interroge sur la monétarisation des actions des agents de l’utopie tout en accablant le capitalisme financier. Le don, comme pour le baskin, n’est pas encouragé, le gout des éventuels acheteurs est méprisé et tout compromis avec le marché est considéré une trahison. On aurait tort d’imaginer une accointance quelconque avec un art socialiste. Le Jossetisme parasite l’espace à trois pas équidistants de la Bastille, la place des Vosges et la place de la République où le moindre trou se négocie à 30€ le mètre carré en location et l’achat relève des multinationales. Le public co-acteur de l’espace est constitué de shoppeurs de la rue de Charonne, quelques touristes suffisamment fortunés pour venir à Paris et perdre leur temps ailleurs qu’à la Tour Eiffel, les forces de sécurité chargées de la protection du premier ministre et des artistes errants attirés par l’aggrégateur.

Le patchworkisme règne en maître : des enfants dessinent dans la rue tandis qu’à l’intérieur une jeune fille affiche sa vision poétique de l’éveil à la sexualité, des énormes croûtes des panneaux publicitaires à l’extérieur côtoient des petites affichettes avec des pléonasmes, un vieux halluciné et malade erre dans l’espace tandis qu’un autre expose une santé éclatante à la Fred Astaire. Pour étoffer l’audience on a installé des personnages en carton plus vrais que nature, tandis que d’autres en chaire et en os, pour palier le manque de carton, sont assis dans un bac en bois. On emprunt aux riches le public mais aux pauvres la soupe populaire, les poètes se débattent avec les mots tandis qu’un conteur interpelle les gens en leur demandant quel est le but sans que personne arrive à déchiffrer l’utopie. La musique est omniprésente entre le camion poubelle, les voitures uber, la rumeur du commerce, les engueulades de jf, les boites à musique énormes égarées en pleine rue et où il faut une oreille universelle pour entendre quelque chose et, parfois, une musique japonisante in vivo.

L’instrument de l’utopie est acoté.be : acoté comme décalage ou l’insupportable certitude de ne pas être au centre de quoi que ce soit mais aussi .be come « être », « être à côté des autres » qui marque le tournant social de l’utopie et la transition vers le virtuel. Be come beside de Sedgwick , « a complicated network of relations that sometimes very literally includes “desiring, identifying, representing, repelling, paralleling, differentiating, rivaling, leaning, twisting, mimicking, withdrawing, attracting, aggressing, warping.”

L’utopie cherche à se faufiler péniblement entre integrationist (déjà occupé par l’Opéra Bastille) and interventionist public art (les occupa de Place de la République)—public art that either affirms or interrupts seeming coherence and consensus in the public sphere. Il s’agit d’occuper le mince espace dans les relations interpersonnelles entre le « feel good » ensemble (« ce n’est pas une fête » est un des premiers commandements) et l’antagonisme des mouvements de résistance. La recherche des échanges alternatifs dans l’espace publique entre personnes qui ne se connaissent pas est au centre de la politique de l’utopie. La « performance as an art of ‘interpublic coordination’ »(Shannon Jackson), est une des voies explorées pour assurer le flux entre l’intérieur d’un appartement privé, l’extérieur d’une rue et d’un trottoir publique, les corps visibles de ceux qui apparaissent en public (agents et participants) le tout numérisé dans un labyrinthe des sites internet où les corps et les objets se déplacent mutuellement et vont s’imbriquer dans le réel de la chaire en mouvement.

Imaginez le quiproquo entre les shoppeurs qui s’aventurent passage Josset tout en se disant « mais qu’est ce qu’ils font?» ou « qu’est ce qu’ils veulent nous vendre? », qui sont perdus chez jf sans savoir quoi acheter comme ils viennent de le faire dans la  boutique d’à côté et les attentes de l’utopie d’avoir des shoppeurs pro qui consomment de l’art dans un acte performatif qu’ils contribuent à créer. Quand çà marche cela vaux bien une soupe consommée à 19 H, et la très bonne soupe bio est gratuite.

 

 

Ce texte a été écrit par Mario Horenstein, le 10 septembre 2016 sur son fb
__https://www.facebook.com/Bioflexlab/videos/1171002422960301/

Vous trouverez __ici, le texte de JF Le Scour

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