« Abon-dance » par Mario Horenstein

La rencontre avec l’autre et le besoin de montrer doivent être vrai à acote.be parce que son initiateur le dit. Toutefois cela ne rend pas  compte du renversement des valeurs en jeu dans acote.be et dans la sculpture sociale de l’utopie Jossetiste.
Acote.be est à côté de l’Opéra Bastille qui occupe une position verticale (allant de dieu au roi et au capitalisme financier, marqué par la pérennité et symbolisée par le ballet classique). Il est à côté de la Place de la République et de la Nuit Débout qui occupe une position horizontale (mobilité latérale des réseaux, volatilité, occupation conquérante de l’espace, symbolisée par les graffiti et le hip-hop). Il lui reste à acote.be la position de transversalité, mais il est à côté de ça. Il partage avec cette dernière la tentation de faire bouger les limites, d’accepter la porosité, de tolérer l’ambigüité et la confusion mais s’en écarte s’agissant de transgression. Il ne faut pas des attitudes créatives fortes pour, dans l’arrondissement le plus meurtri de France par la révolution islamiste globalisée, mettre en action une transgression qui du même coup mettrait fin à acote.be. Protégé par ricochet par la force publique accolée au Premier Ministre, les actions de acote.be ne dépassent pas le stade d’incivilité (interpellation des passants sans usage de la force physique) ; occupation humble de l’espace où aucun objet s’invite de façon pérenne, tout est démontable et démonté ; la nuisance sonore ne dépasse pas celle du contexte urbain et les propositions artistiques ne provoquent que très rarement, et pour un temps très bref, des attroupements des gens puisque ils reçoivent des injonctions paradoxales du type : « circulez il n’y a rien à voir », mais « souriez, vous êtes photographié parce qu´ici il se passe quelque chose ».
Acote.be est une mise en scène de la précarité (dans sa double étymologie de ruine et de peuplement) dans un décor de riches. Les sculptures sont en carton-pâte, tout est tenu par un bout de bois et parfois par un bout de fil, la fresque murale n’utilise pas des feuilles en or mais des punaises jaunes collées sur des affiches de récupération (comme le bois utilisé dans des caisses à musique d’ailleurs), les costumes des danseurs ne sont pas l’œuvre de Christian Lacroix mais achetés aux friperies du quatrième arrondissement à 1€ pièce et la soupe relève plus du tiers monde que d’un gueuleton à la française . Et quoi de plus précaire que ces corps vieillis, non domestiqués, qui s’agitent au milieu de la chaussée, attirant un regard plus inquiet pour leur santé qu’ébloui par leur virtuosité. Les travailleurs d’acote.be sont le rêve des patrons : passent des longues heures de travail sans se plaindre, dans l’enthousiasme, ne touchent pas un sou, et quand ils font un flop n’ont que leur poire pour taper dessous. Bien entendu, acote.be est à coté de l’argent, c’est-à-dire la quantité de paroles échangées sur le sujet est inversement proportionnelle à la rentrée de divises. Il y a deux conceptions qui s’affrontent dans une tension aggravée par la présence de travailleurs rentiers et de travailleurs en âge de gagner leur vie. Les uns considèrent que les électrons libres doivent utiliser acote.be comme un tremplin pour développer leur création, se montrer, se faire connaitre, vendre leurs objets artistiques, s’y préparer pour un ailleurs radieux. Les autres pensent que c’est le rythme et la simultanéité des électrons libres, leurs productions performatives et les passants-participants qui constituent une sculpture sociale monnayable à partir d’une certaine masse critique en tant qu’utopie, c’est-à-dire d’un futur actionnable dans le présent, où le maitre mot est le clivage, la césure, le à côté de toute chose. Ne pouvant pas être autrement, acote.be est à côté de la danse comme vous voyez dans la présente vidéo. De cette dernière on emprunte le mouvement pour lui-même, mais on n’y danse pas parce que si on danse on ne perçoive pas. On se rapproche de la non-danse par l’intention d’incarner des concepts, mais contrairement à cette dernière les concepts ne dépassent jamais la chair elle-même, une chair en surface et montrée, si toutefois un regard passe par là, mais qui n’a pas besoin de se montrer comme dit jf mais besoin de voir. « Il y a ce que la danse montre et ce qu’elle donne à voir » (dixit Loïc Touzé) et «je montre ce que je vois » (Hijikata). Il ne dit pas je montre ce que je suis, ce que je suis capable de faire, ce que sont mes émotions ou mon histoire. Il s’agit d’un self minimal qui voit tout et ne s’arrête sur rien, tentant d’approcher l’injonction de Péguy à « dire ce qu’on voit », mais surtout, à « voir ce qu’on voit ». Un aveugle utilise une canne, prothèse qui devient une extension de son corps, c’est au bout de la canne et non pas dans sa main qu’il perçoit le monde. J’utilise une canne à corps parce que voir n’est pas le monopole des yeux, dans un « à côté du corps », n’importe quelle partie peut faire l’affaire. « If performance not only produces images of life, but acts as the very mirror through which we reflect on life, then it is possible to study not only certain depictions of the world, but how the world is depicted » (Randy Martin).
Acote.be est à côté de presque tout sauf de la création parce que, comme disait un artiste latino : « dieu est l’art et l’art est dieu » et on ne peut pas être à côté de quelque chose qu’on n’arrive pas à définir.

 

Ce texte a été écrit par Mario Horenstein, le 19 octobre 2016 sur son fb (vous y trouverez la vidéo dont il parle…)
__https://www.facebook.com/Bioflexlab/videos/1204243452969531/
J’ai commenté :
« tant que tu parles d' »à côté » j’entends bien ce qui est écrit… dès que que tu parles de « danse », je n’ai rien à dire, cela concerne ce que tu proposes « à côté », c’est de ta responsabilité… c’est de l’ordre du « faire laisser faire » ! »

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